Arthur

 

 

Chaussé de bottes de sept lieux

Il s’en venait d’un pays creux

Où les collines s’affaissaient

Sur les profondeurs des marais

Il s’était enfermé

Dans les nuits sombres d’un grenier

Le noir et blanc de ses pensées

Colorant son cœur mal aimé

 

Mais dans ta tête Arthur, 

Il n’y a que du feu, 

Un cabaret de verdure

Et la robe de l’aube en bleu, 

Mais dans tes mains Arthur, 

Il y a de l’or en brins, 

Une auberge sans les murs

Et la grande ourse sur les chemins. 

 

Il avait marché et marché, 

De voies gelées en voies lactées, 

Suivant les troupeaux, les nuées, 

Le feu des hommes et les armées, 

La nuit il s’endormait,

Sur le toit de ses secrets, 

N’éteignant jamais la lumière que pour rêver.

 

Refrain

 

De passerelles en aquarelles 

Il chassait de son ombrelle

Les papillons virevoltant

Dans les carrières de marbre blanc

Et de filets en pieds nickelés

Il parcourait le monde entier

A la recherche d’un bon mot 

D’un fil, d’un vol, d’un air nouveau

 

Refrain

 

Mais un jour d’Avril étonné

Il entendit l’aurore bruisser

Et découvrit sous la bruyère

La belle nue de ses nuits claires

Il sentit son corps s’envoler

Le jour déjà retentissait

Accrocha son cœur au clocher

 

Et partit sans se retourner.

 

Frêne

 

 

Au milieu des chênes lourds, 

Dans la forêt qui t'appelle,

Tes feuilles parlent d'autres jours.

 

Frêle, frêne

 

Ne crois pas ceux qui sont sourds, 

Rabats les bords de ta grève

Ne noies pas ton tronc si court

Dans le mensonge et l'image,

L'indifférence et l'ennui

Tu n'as pas les mots d'un brave

Mais tes branches fleurissent aussi.

 

Frêle, frêne

 

Sous le poids des grands discours

Tu vacilles sous les rêves

De ce qui t'as fait un jour.

 

Tu es frêle sous la grêle

Et crains la chaleur des fours

Mais tu refrènes tes peines

Il faut toujours être pour.

Car sous le feu de ta sève

Et le bruit de tes tambours,

Sous l'écorce de tes lèvres,

Tu as tu la nuit, le jour.

 

Frêle, frêne

 

Tes feuilles avaient tant à dire,

Tes racines à raconter,

Tu as préféré enfouir

Ce qui aurait pu gêner

 

Les vieilles inconvenances 

Qui partagent le monde en trois

Du haut du ciel en partance

Jusqu'à la terre ici-bas.

Mais dans ton fort intérieur,

Il n'y a que ces fleurs là

Qui fleuriront sous les heurts

Au moment de ton trépas.

 

Frêle, frêne

 

Et dans le froid qui te gagne

Tu t'habilles d'abats jours

Lève ton mât de cocagne

Maquillant ta cime en tour.

 

Frêle, frêne

 

Qui pourra te raconter 

Quand déjà te voilà sable

Tes doutes vieilles idées

Jamais sorties de ton marbre

Trop pâle pour ceux qui pensent

Qu'un arbre c'est toujours droit

Et t'enfonce quand tu penches

Sous la violence du moi.

 

Frêle, frêne

 

Moi je sais que tu es lourd,

Et si les mots te manquèrent

C'était pour parler d'amour.

 

Frêle, frêne

 

Qui pourras te raconter

Puisque tu n'étais pas là

Dans les yeux de ces poupées

Qui ont fait feu de ton bois

 

Toute une vie à attendre

Et peut-être à exister,

T'efforçant à te méprendre

Te voilà caveau scellé.

 

Les Amandiers

 

 

Comme les nuits froides aiment à s’enivrer,

De la terre chaude des amandiers

Cette nuit nouvelle de Janvier,

S’était couverte de givre, de rosée

 

Mais dans tes bras, chaudes contrées

Les braises d’un feu allumé

 

Ta cabane sur le toit des vallées

S’était parée de lumières, de feux follets

La lune sur l’eau des gorges, des marées, 

Reflétait l’envers du monde, le bleu lacté

 

Mais dans tes poches, libres contrées

Il n’y a jamais eu de clefs

 

Marchant sur le bord des crêtes, des sentiers, 

Sur le chemin des fougères, des pierres sculptées.

Le vent hurlant, des secrets, 

La magie des lutins, des fées

 

Mais sur tes lèvres, hautes contrées

Tant de choses à raconter

 

Comme les brebis des plaines vont transhumer,

La vie passe sous les branches des peupliers.

Tes yeux des brumes salées sont embués. 

Mais tes bras eux sont ouverts sur les sommets

 

Et sous les pierres de tes années,

 

Tes souvenirs sont vallonnés. 

 

Que le printemps revienne

 

 

Que le printemps revienne, dites-moi,

Que le printemps revienne, souviens-toi

 

Qu’il se réveille en fleurs sous l’arbre de noël,

Que ses épines nues décorent l’arc en ciel,

Que son corps engivré se pare de bourgeons

Et qu’il entre pieds-nus parfumer ma maison.

 

Que le printemps revienne, dites-moi

Que le printemps revienne, n'oublie pas 

 

Que ses gants de géant traversent le blanc

Pour empourprer la lune de sa magie nocturne

Et que les sorcières bleues sur leurs balais de feu

Embrasent la glace d’un tour de passe passe.

 

Que le printemps revienne, dites-moi

Que le printemps revienne, promets-moi

 

Que ses abeilles frêles butinent l’horizon

De leurs ailes parfumées de miel et de chardons,

Et que les montagnes couvent les rébellions

Sous les neiges froides des fleuves des grands fonds.

 

Que le printemps revienne

 

Que les pluies diluviennes engendrent les moissons,

Dorant les champs de blé, d’orge et de son

Et que les grands hommes s’abreuvent du monde rond,

Colorant leurs vers du rouge des saisons.

 

Mais quand le printemps sera là, 

Attends l’hiver, c’est lui qui saura,

Faire résonner les pierres, des échos dans ta voix,

Réveillant tes chimères, des empreintes à tes pas.

 

 

A l’ombre des mémoires

 

 

On t’avait dit, c’est un peu ton pays

Derrière la mer, l’embellie.

Mais des jardins du paradis

Les fleurs n’avaient que le parfum promis. 

C’est pareil ici, les goëlands s’ennuient,

Sur la grève, les rêves sont indécis. 

Mais de l’or, des trésors prédits 

Tu n’as trouvé, que le labeur, la suie.

 

Assis, au bord des jours enfuient,

Ton œil sur les trottoirs, 

Tu regardes les vies,

Assis, sur le seuil de l’oubli,

A l’ombre des mémoires

Tu attends la pluie.

 

On t’avait dit, regarde-la bien c’est loin, 

Mais c’est l’envers, de tes matins,

Là-bas les hommes, frères de chagrins,

Ils ne s’en laveront pas, les mains.

Alors n’hésite pas, 

Va, ne reviens pas,

Grâce à toi, les fils n’oublieront pas,

Mais des toits de tes hivers froids,

Ils ne connaissent que cette enveloppe-là.

 

Refrain

 

 

Et sur le pavé des bruits, l’horizon comme seule compagnie tu vis, 

Rappelant que de là-bas pour le bonheur d’un frère, d’une sœur tu es parti.

 

Et sur tes rêves finis, tu vis,

Le lointain n’a désormais plus ce goût d’infini.

Perdu sur les rives tranquilles des villes, 

Ton cœur est déjà loin, tes mains immobiles.

 

Et sur les bancs endormis,

Dans le soleil du midi, 

Pansant l’ombre noir du pays, 

Tu attends la nuit.